Trop de monde sur la Terre
Daniel Ducharme | Société | 2026-01-09
Y aurait-il trop de monde sur la Terre ? C'est la question à poser, une question pour laquelle on ne trouvera jamais de réponse satisfaisante. Vous pouvez la taper sur Google, cette question. Grosso modo, vous aurez droit à deux groupes de réponses. Celles des experts du premier groupe, assez pessimistes, vous diront que nous sommes déjà trop nombreux et que cette pression démographique sur les ressources existantes ne peut conduire qu'à notre perte. Les experts du deuxième groupe, plus optimistes et, dans une certaine mesure, se situant plutôt à gauche sur l'échiquier politique (à la condition qu'on veuille tout politiser, bien entendu), vous diront que ce ne sont pas les ressources qui posent problèmes, mais leur juste répartition. Autrement dit, si le monde était mieux géré et les richesses, mieux distribuées, personne ne manquerait de rien puisqu'il y a suffisamment de ressources pour combler les besoins de tout le monde.
On ne peut pas être totalement en désaccord avec cette assertion. L'espoir fait vivre, c'est connu. La politique municipale sur les chiens dangereux de type pitbull s'avère du même ordre : ce n'est pas le chien qui pose problème, mais son maître. Sauf que la voisine morte sous les crocs du pitbull n'en a rien à cirer de poursuivre le propriétaire de l'animal… Il est trop tard, quoi. J'ai d'ailleurs rédigé un billet là-dessus en 2018 - Pitbull -, mais ça n'a rien à voir avec le propos, je sais…
Pendant longtemps, je me suis situé dans le camp du deuxième groupe d'experts, ceux qui préconisent un changement de mode de vie, des politiques sociales plus équitables, une économie régulée en ce sens. Aujourd'hui, sans doute en raison de mon âge avancé, je ne crois plus en l'avenir de l'humanité, même si au fond de moi j'espère que les jeunes, qui ont toute la vie devant eux, feront tout leur possible pour restaurer la possibilité d'un monde juste et équitable. Je le souhaite de tout cœur, sauf que les jeunes, tout comme les femmes, les personnes racisées et les membres de la communauté homosexuelle, ne constituent pas des classes sociales et, dès qu'ils parviennent à un certain niveau de richesse et de pouvoir, ils basculent aisément dans l'autre camp, le camp de ceux dont les intérêts vont à l'encontre d'une société juste et équitable. Je suis bien désolé de saper l'optimisme de certains, mais un simple retour sur les événements des deux siècles précédents illustre assez bien ce phénomène récurrent.
L'environnement, qui va de pair avec la surpopulation, constitue sans aucun doute le problème le plus criant de ce premier quart du 21e siècle. Si nous ne faisons rien pour le résoudre, il conduira inéluctablement ce monde vers sa destruction, vers sa fin. En constatant de mois en mois les dérèglements climatiques, d'aucuns prennent conscience de l'importance d'agir, non pas pour transformer le monde comme nous voulions le faire dans les années 1960, mais simplement pour le conserver. Or, pour résoudre les problèmes environnementaux et, partant, pour sauver notre monde (pas la planète, non, puisqu'il renaît toujours quelque chose après la destruction d'un monde - pensez à l'ère des dinosaures, par exemple, disparus pour laisser place à nous-mêmes, les humains), il faut obligatoirement le transformer. Personnellement, je sais - et j'en suis presque convaincu - que le monde ne survivra pas au 21e siècle. Plusieurs scientifiques l'ont dit, même si d'autres scientifiques les accusent de défaitisme. La question est de savoir si nous croyons en la capacité des humains à opérer un changement radical de leur mode de vie. Moi, je ne le crois pas. Il suffit de se balader dans une banlieue de Montréal pour s'en convaincre. Des gros véhicules, des garages triples, des piscines chauffées, etc. Bref, je n'y crois plus.
Pour cette raison, je me range parmi le premier type d'experts, notamment des scientifiques comme Hubert Reeves qui ont affirmé, chiffres à l'appui, que nos années sont comptées. Personnellement, je ne crains pas ces sinistres prédictions puisque je vais mourir dans quelques années. Mais pour mon fils, ça sera déjà plus difficile, et pour mes petits-enfants, je n'ose pas trop y penser…
Fasse le ciel que je me trompe et que les experts du second groupe aient raison.
En attendant, les pays avancés, les plus polluants du monde, investissent dans l'armement et dans la guerre. Et je ne suis pas certain que cela soit très bon pour la planète…